« Ouvrez la porte à votre imaginaire » de Sarah Lecoeur
Il était une fois : la fin du voyage. Un jour de l’ère Adrogantiam, un héraut se rendait sur la place d’une ville, haranguant les foules par sa singularité. Le curieux était vétuste et traînait derrière-lui une porte. La populace, attirée par cet extra peu ordinaire, s’assembla autour de ce dernier. Après avoir installé la porte dont il demanda à deux personnes de la maintenir droite, il entonna un plaidoyer teinté de lyrisme : « Ô toi, humain, tu te perds dans ta contemplation, le voyage de tes yeux n’a pour limites que le miroir en face de toi. Tu te joues des malheurs que tu causes, tu ignores la souffrance d’autrui, tu dépouilles la terre par ton narcissisme et par ton égoïsme. Ne sais-tu pas qu’en ces heures, Homme, tu es malade ? Pourtant, la fièvre consumériste te consomme, la sur-consommation te consume. Ô toi, humain, tel Narcisse, tu te contemples, sans comprendre qu’amoureux de son reflet, ce dernier se laisse mourir. Paradoxe étrange et pourtant si juste, car, si préoccupé par le moi, le narcissique se perd dans une contemplation qui cause sa perte. Enfin, regarde-toi et observe, pour te réaliser, pour paraître, tu trompes ton ennui en comblant le vide intérieur et la monotonie de la vie, par des clichés sur-réalistes, vide n’étant jamais comblé, car le rien ne peut être remplacé par l’absence de sens. Ô toi, humain, si tu te demandes comment bouleverser l’ordre actuel, je te répondrai : affranchis-toi de ton ego et ouvre-toi à l’autre. » Et soudain, le héraut qui semblait pris tout entier par la passion de son discours se tue. La foule, si bruyante d’ordinaire était silencieuse et pendant un moment personne n’osa bouger. La tension à son maximum, quelqu’un lança du milieu de la masse : « Que faut-il donc faire pour guérir la société ? » Alors que tous attendaient, l’homme s’était accroupi pour caresser un chien qui passait par là. Haussant les épaules, il leur dit tout simplement que s’ils voulaient en savoir plus, ils devaient revenir le lendemain.
…..
Sarah Lecoeur
English
